Albert Michel: "Pour réussir, il faut oser, oser…"

Albert Michel: "Pour réussir, il faut oser, oser…"
"A aucun moment je n’ai douté de la possibilité de mener le projet à terme"
  
Membre d'honneur de la CCIF, ancien vice-président de la CCIF, président de la BCF et de l'Antre SA, initiateur, Albert Michel est un indéfectible supporter de Fribourg Gottéron. En marge de l'Assemblée générale/Apéritif du printemps de la CCIF du 6 septembre, cet initiateur, coordinateur et superviseur de la nouvelle BCF Arena a livré au magazine ECHO un condensé des défis rencontré avec ce méga-projet, mené tambour battant, dans les délais, avec maestria.
 

  
Le projet de nouvelle patinoire de St-Léonard a connu une très longue et tortueuse gestation avant que l'Antre SA ne soit créé. Quel a été le déclencheur de votre engagement dans ce projet colossal ?

Albert Michel: Depuis 2005, des projets avaient émergé mais aucun n’a abouti sous prétexte d’un argument redondant: impossible sur le site existant. En juin 2014, une conférence de presse annonçait le démarrage du projet dit "Losinger". Une délégation du conseil d'administration du HCFG m’a demandé d’émettre un avis sur ce projet. Après analyse, je suis arrivé à la conclusion qu’il possédait des faiblesses notamment sur le plan économique: démolition de la deuxième patinoire (P2) inaugurée en 2010 et qui avait coûté 8 millions de francs; aucune analyse n’était prévue sur l’avenir de la patinoire principale (P1); maître d’ouvrage et investisseur pas connus; HCFG aurait dû verser 10 millions de francs de fonds propres et payer au minimum 2 millions de francs de loyer par saison, etc. Après des entretiens avec la commune, Losinger et HCFG, on décida de renoncer à ce projet. Ensuite on m’a demandé si je voulais relever le défi d’étudier un nouveau projet. Après réflexion et vu la pression de la ligue suisse de hockey, je me suis dit qu’il était temps de construire une nouvelle patinoire. J’ai ensuite constitué une task force composée de Gaston Baudet, Pierre-Olivier Chave et Claude Gremion.
 
Quel était le plus grand défi: rénover et agrandir la patinoire tout en exploitant la patinoire ou bien fédérer des privés pour financer le projet ?

Les deux étaient d’énormes défis. Après avoir analysé quatre projets, nous avons opté pour la construction sur l’ancienne patinoire, tout en la maintenant ouverte de 6h30 à 23h00. Cela nous a permis d’éviter la construction d’une patinoire pour deux ans pour un coût estimé à environ 10 millions de francs (l’exercice similaire à celui pratiqué à Lausanne aurait coûté environ 12 millions de francs). Dans cette variante, les risques étaient très élevés. Ils ont été parfaitement maîtrisés.
 
Avez-vous été tout de même été surpris par les obstacles financiers ?

Pour mener à bien une telle recherche de fonds, vous devez posséder un large réseau de relations. Il faut convaincre les interlocuteurs de la qualité du projet, le fait que la construction soit avant tout un projet privé avec une participation publique a été un facteur déterminant. Les actionnaires sont tous suisses et ils viennent de divers cantons.

Avez-vous, à un moment ou à un autre, douté de la possibilité de mener le projet à terme ? Si oui, quelle a été la plus grande difficulté ? Si non, quels sont les éléments ou les recettes – management, équipes, processus, etc. - qui vous ont permis de garder une confiance constante ?

A aucun moment je n’ai douté de la possibilité de mener le projet à terme. Dans un projet, la foi en ce que l’on fait est capitale. Il faut garder les pieds sur terre. Un projet, aussi audacieux soit-il, est toujours réalisable si l’on s’en donne les moyens. Cela signifie notamment que la faisabilité doit être examinée sous toutes ses coutures pour oser se lancer. Il faut certes mettre de l’audace, de la persévérance, de la persuasion mais aussi un brin de folie. Il faut aussi savoir s’entourer à tous les échelons de partenaires aux compétences reconnues.
 
Pendant la conduite du projet, vous avez plusieurs fois estimé que Fribourg est souvent trop "timide" dans ses ambitions. Que faut-il faire pour rendre ce canton plus visionnaire, comme L'Antre a su l'être ?

En fait, le canton ne manque pas de vision, mais parfois il hésite et n’ose pas toujours se lancer dans des projets d’envergure et d’une complexité inhabituelle. Pour réussir, il faut oser, oser, …
 
Impossible de ne pas parler du coronavirus, qui a finalement reporté d'un an le début de l'exploitation de la nouvelle BCF Arena. Quelles sont les conséquences de ce délai ? Et plus généralement, pensez-vous que cette pandémie aura des répercussions durables ?

Nous avons su contourner les obstacles que le coronavirus a posés. Nous avons respecté le délai au 31.08.2020 pour la mise à disposition de la patinoire. Le coronavirus a joué un très mauvais tour au club qui n’a jamais pu utiliser tout le potentiel de la patinoire. Lors de son assemblée générale, le club a annoncé les conséquences financières dues au Covid-19.
 
C'est le moment ou jamais de se risquer aux pronostics: avec cet écrin que constitue la BCF Arena, Fribourg-Gottéron est-il cette fois prêt pour le titre ?

Pour HCFG, c’est un nouveau chapitre qui s’ouvre. Le club a entre ses mains un vrai outil de travail. Quant au titre, tout dépendra de l’ambition et de l’organisation du club mais on le sait, dans le sport professionnel, que tout n’est pas qu'une question de budget. Il reste une grande part de magie et toute une alchimie à trouver pour connaître le succès. Je suis convaincu que le club a les dispositions pour réussir.
 
  
  
Crédit photo: La Gruyère / ARCH - C. LAMBERT